Très bien, merci. - La Révolution en Charentaises

Très bien, merci.

dimanche 8 juillet 2007, par Anatole Ibsen / 8051 visites

Le regard acerbe de la réalisatrice Emmanuelle Cuau sur la police, la médecine psycho-carcérale et l’entreprise...

Alex (Gilbert Melki) est comptable. Il est marié à Béatrice (Sandrine Kiberlain), chauffeur de taxi. Un jour, alors qu’Alex regarde un banal contrôle d’identité, il est arrêté par la police. Très vite, par une suite d’évènements, dont on priverait le spectateur de leur mystère si on les dévoilait ici, il se retrouve incarcéré dans un hôpital psychiatrique. C’est alors une absurde et implacable machine qui se met en marche.

Il y a dans ce synopsis tous les ingrédients d’un film comique (tellement les situations semblent absurdes) ou caricatural (tellement le propos du film semble a priori peu vraisemblable). Et pourtant...

Grâce à une caméra réaliste et à une mise en scène limpide, Emmanuelle Cuau parvient à nous retracer l’itinéraire d’un homme derrière les traits duquel chacun peut se retrouver. Le scénario, qu’on aimerait croire d’une complexité rassurante, est en fait d’une simplicité inquiétante : ainsi, voit-on à l’écran une histoire plus que crédible, une histoire plus que vraisemblable, une histoire qui peut arriver à tous, à tout moment.

Une histoire où fumer une cigarette dans les toilettes d’une entreprise peut être qualifiée de « faute grave », une histoire où donner un arrêt-maladie à son employeur avec plus de quarante-huit heures de retard peut-être un motif de licenciement, une histoire où regarder des policiers faire leur travail peut-être qualifié par les mêmes d’« outrage », une histoire, enfin, qui nous montre une société qui ne prend pas en compte l’individu, mais se joue de lui à coup de lois, de coups bas, de mensonges et de formulaires.

Le film d’Emmanule Cuau aurait pu avoir la détresse d’un film de Kafka. Il n’en est rien. Il aurait été de Kafka, on aurait crié au génie. Il est d’Emmanuel Cuau, et c’est déjà beaucoup. Car la réalisatrice maîtrise avec beaucoup de grâce et d’insolence le rire ironique. Elle a le talent de nous faire rire jaune devant des situations absurdes. Et surtout, celui de ne pas faire un film à thèse ou un film qui dénonce pour dénoncer.

Très bien, merci. C’est le titre du film. Dans lequel excellent les trois rôles principaux tenus par Gilbert Melki, Sandrine Kiberlain et Olivier Cruveiller. Mais Très bien merci, ce sont surtout les mots que le spectateur devrait adresser à Mademoiselle Cuau. Merci, pour cet objet cinématographique qui, d’une bonne gifle, nous balance dans la France d’aujourd’hui (et donc certainement dans celle d’après...).

Très bien merci, d’Emmanuelle Cuau, avril 2007, 1h40.



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1 Message

  • Très bien, merci. 9 juillet 2007 21:27, par Angora

    Ce que je trouve très bien dans ce film, c’est qu’il présente à la fois des situations banales ET limites. A savoir que dans cet état de société dans lequel on se laisse trop facilement enfermer on devient vite limite... on s’énerve rapidement, on ne répond pas avec insolence mais on répond à côté de la plaque, on cherche à passer par des moyens détournés puisque les moyens francs et directs ne mènent à rien. Une société où on se coupe très vite de la réalité de vie des autres : quand on passe du mauvais côté on est foutu même si on est innocent. J’adore ce personnage d’un Melki toujours trouble, visiblement en train de craquer, mais, et c’est ça qui est vraiment fou, qui se fait embarquer dans une galère avant d’avoir craqué...