Mon Meilleur Ennemi, ou Comment les fascistes ont gagné la guerre. - La Révolution en Charentaises

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Mon Meilleur Ennemi, ou Comment les fascistes ont gagné la guerre.

mardi 20 novembre 2007, par Camille D. / 10036 visites

Qui fut Klaus Barbie ? Le film de Kevin Macdonald retrace sa vie, ou plutôt ses vies. Celui que l’on a nommé le Boucher de Lyon pour ses sinistres et célèbres exactions dans la ville française, n’a finalement jamais cessé de vivre pour ses idéaux d’extrême droite, en Europe comme en Amérique Latine, le plus souvent pour le compte des Etats-Unis.

Chef de la Gestapo à Lyon de 1942 à 1944, il a liquidé bon nombre de résistants après les avoir torturé, souvent lui-même, pour les faire parler. Il est celui qui a fait arrêter Jean Moulin, et vraisemblablement, celui qui l’a tué (on n’ose imaginer comment).

Mais c’est plutôt la face cachée de l’iceberg qui intéresse le documentariste Kevin Macdonald [1]. Qu’a fait Klaus Barbie entre le 6 juin 1944 et le 11 mai 1987 [2] ? L’affiche, tout comme le titre du film, nous promettent des révélations. Il y en a, finalement pas très surprenantes, mais bien documentées.

Tout d’abord il rejoint l’Allemagne, où à partir de 1947, il travaille pour le compte du contre espionnage américain. En effet, appliquant l’adage « L’ennemi de mon ennemi est mon ami », les Etats-Unis protègent les nazis non repentis, et s’en font des alliés dans leur lutte contre les russes.

Mais en 1951, la France se montre de plus en plus insistante pour le juger pour crimes de guerre. Il fuit alors jusqu’en Bolivie, avec l’aide du gouvernement américain et du Vatican. Commence pour lui une nouvelle vie sous le nom de Klaus Altman [3]. Très vite, il s’associe aux militaires d’extrême droite boliviens et devient putschiste professionnel contre les démocraties de gauche en Amérique Latine. Il serait même, selon ses propres dires, à l’origine de l’assassinat du Che.

Alors qu’en France, on l’a condamné par contumace, on ignore tout de cette vie ; jusqu’en 1972 où Beate et Serge Klarsfeld retrouvent sa trace. Il faudra cependant attendre 1983 pour que la France obtienne son extradition (contre une certaine somme de dollars et quelques accords entre gouvernements...) Après son procès, en 1987, à Lyon, il est condamné à la prison à perpétuité [4], mais n’y restera que quatre ans, puisqu’il meurt le 25 septembre 1991.

Mais si ce film nous raconte la vie d’un homme, sa portée est beaucoup plus longue. Kevin Macdonald veut nous ouvrir les yeux sur une réalité bien sinistre : « Le fascisme a continué d’être utilisé par les vainqueurs pour construire le monde dans lequel nous vivons » [5] . Et on pense bien sûr au soutien des Etats-Unis aux talibans contre les russes dans les années 80, ou au soutien à Sadam Hussein... avec les conséquences que l’on connaît !

On l’aura compris, il reste, de part le monde, un sacré paquet d’autres Klaus Barbie que nos gouvernements, soit-disant démocratiques, soutiennent, financent et protègent. Nous avons encore le droit et le pouvoir d’en parler, ne nous en privons pas. « Faire des films politiques est une façon de se défendre. Une façon de replacer l’Histoire officielle à côté de l’histoire qui dérange » [6] .

Mon Meilleur Ennemi - 2007, 1h27 - documentaire américain, de Kevin Macdonald, sur Klaus Barbie.


Voir en ligne : Le site du film.

Notes

[1] auteur notamment du Dernier Roi d’Ecosse

[2] date de l’ouverture de son procès à Lyon

[3] Pour l’anecdote, il emprunte le nom du rabbin du village de son enfance, disparu depuis longtemps dans les chambres à gaz

[4] A lire également sur ce site : La critique du film L’Avocat de la Terreur, biographie de Jacques Vergès qui fut l’avocat de Klaus Barbie durant son procès

[5] interview complète du réalisateur Kevin Macdonald, disponible sur le site du film

[6] id.


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