The Take - La Révolution en Charentaises

The Take

jeudi 7 juillet 2005, par Laura Diaz / 7717 visites

Ne pas lâcher prise ! ou le parcours courageux de quelques ouvriers pour reprendre en main leur usine abandonnée.

C’est en raison d’une étrange ressemblance que The Take de Avi Lewis et Naomi Klein paraît atypique : on pense aux documentaires sur la mémoire ouvrière. Or ici aucune rétrospective nostalgique juste un présent qui change : celui de l’Argentine et une trentaine d’ouvriers qui ont décidé de reprendre l’usine abandonnée par leur patron après la crise de Décembre 2001. Un seul mot d’ordre : "occuper, résister, produire". The Take Le premier terme "occuper" s’explique par la désaffection des lieux récupérés mais le deuxième terme "résister" n’est pas si simple à réaliser. A la police qui veut les déloger les ouvriers se défendent au lance-pierre avec le soutien de l’opinion publique laquelle se manifeste par exemple par des concerts du groupe de rock le plus en vogue dans le pays avec levée de bannière à l’effigie des usines autogérées. Le plus émouvant dans ce documentaire c’est justement d’avoir su montrer la force des ouvriers qui ont su à la fois par la désobéissance (l’atteinte à la propriété privée) et les recours parallèles en justice faire valoir leur droit jusque devant la chambre des députés. La dignité de ces acteurs qui demandent juste leur dû quand on leur répond sans cesse qu’ils sont dans l’usurpation éclate à l’écran d’une saisissante beauté qu’on su capter les journalistes. Des visages inquiets mais sûrs d’être dans leur bon droit, convaincus de la justice de leur combat.

Dans un pays ravagé, où la classe politique presque entière est soupçonnée de corruption et d’avoir vendu le pays à des groupes financiers internationaux, où le chômage a même frôlé près de la moitié de la population après avoir été le miracle de l’Amérique Latine, de simples ouvriers ont décidé que le capitalisme n’était pas le meilleur des mondes possibles. L’auto-gestion pratiquée dans quelques usines devenues célèbres "Zanon" ou encore "Brukman" a déjà fait ses preuves malgré des tentatives toujours réitérées de délogement par la police. L’Argentine en ce sens fait véritablement figure de pionnère. En Mai 1968 en France, seule une usine avait été ainsi occupée, alors qu’en Argentine le système économique est tellement mis à mal dans sa logique capitaliste qu’une autre alternative semble s’ouvrir : celle de la production administrée par les producteurs, où les lieux de décision ne sont rien d’autre que les lieux de production, où un homme est égal à une voix et dispose donc d’une parole réelle. Cette découverte de la démocratie participative au niveau local fait doucement son chemin, redonnant aux uns et aux autres le sens de ce que le travail n’aurait jamais dû cesser d’être : une liberté.


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