La fin des squats historiques - La Révolution en Charentaises

Accueil du site > L’écrit du peuple > La fin des squats historiques

La fin des squats historiques

mardi 21 août 2007, par Laura Diaz / 11157 visites

C’est arrivé chez vous... ou presque : la guerre que les municipalités mènent dans toute l’Europe contre les squats s’est considérablement accrue avec l’évacuation déjà exécutée et la démolition bientôt programmée de deux squats historiques, l’un à Copenhague, l’autre à Genève.

Après l’évacuation manu militari au début de l’année du squat historique de Copenhague (1er mars) pour y installer une église évangélique, c’est au tour d’un non moins historique squat de Genève d’être rayé de la carte alternative. 19 ans d’existence : le squat avait toutes ses dents jusqu’à ce que, le 23 juillet, la police genevoise décide de mettre fin, avec force mais sans raison, à cette expérience solidaire sans plus de remords que cela. Or, cette évacuation est d’autant plus symbolique qu’elle a eu lieu dans une ville qui compte la plus forte densité de squats en Europe. Et oui, qui l’eût dit ? Genève n’est pas une belle endormie, loin de là, ou alors si elle l’est ce n’est sûrement pas dans un "chez elle" que la police aimerait bien lui faire quitter illico presto.

Ce lieu de rencontres s’appelait Rhino pour "Retour des Habitants dans les Immeubles Non Occupés", tous plaidaient pour un "chez soi" qui avait décidément un autre sens que celui prévu et codifié par la loi. Mais pourquoi occuper des maisons vides ? C’est la spéculation immobilière et la hausse des prix du logement qui conduit à cet extrême que la loi conjure : à savoir, s’emparer du bien d’autrui. Or un logement vide est-il encore un "propre" ? Si l’on considère que c’est l’usage et l’utilité sociale qui font la propriété, force est de constater que la "chose nulle" (le fameux res nullium du droit de propriété) n’existe pas dès lors que les lieux sont investis de la présence de ceux qui en ont besoin, une logique que nous pourrions résumer par la formule "si c’est vide, c’est plein" et peu importe si c’est à toi ou à moi. La contradiction logique s’abolit dès lors qu’elle devient politique. La vraie justice semble donc être celle-là qui dit "à chacun selon ses besoins". Dans la Révolution en Charentaises, nous avions déjà fait part ici des nouvelles expériences pratiquées en Argentine de récupération par les ouvriers d’usines abandonnées par leurs propriétaires légaux. La devise était alors "occuper, résister, produire" selon la même logique qui veut que ce soit l’usage qui fasse la propriété. Tel semble être aussi le cas de ces squats culturels qui comme Rhino produisent, ou plutôt créent, selon un rythme soutenu. C’est du moins ce que signale un impressionnant programme culturel qui a permis à l’une de leurs troupes de théâtre d’être invitée en décembre dernier à la Comédie Française.

Voici à ce propos un extrait de l’une des affiches d’Intersquat qui laisse deviner un sens certain de la poésie politique dans ces contre-géographies qu’on peut bien appeler utopies socialistes : "Nous occupons des maisons parce que nous en avons besoin. Nous occupons des maisons pour en finir avec la propriété privée. Nous occupons des maisons pour être nombreuSES au petit-déjeuner de midi. Nous occupons des maisons pour ne pas perdre notre vie à gagner un loyer. (...)Nous occupons des maisons parce que nous ne croyons pas à la loi. Nous occupons des maisons pour casser des murs et changer les rapports sociaux(...)Nous occupons des maisons pour que nos enfants aient plein de frères et soeurs. Nous occupons des maisons parce qu’un centre-ville plein de banquiers ça fait chier."

Le squat se veut donc plus qu’un logement de fortune, il joue un véritable rôle de socialisation et de contestation. Ainsi la plupart des squats de Genève sont dotés d’un restaurant pas cher, d’espaces culturels avec bibliothèques et mini scènes de théâtres, salles de conférences, cinémas, etc... Alors évidemment tout le monde n’a plus qu’un mot à la bouche : Police go home !

Pour plus de détails sur les logiques de développement des squats et d’expulsion parallèle entreprise par les pouvoirs publics, voir les articles suivants du Monde Diplomatique : "le squat, un lieu de résistance" de Florence Bouillon (Octobre 2005) et plus récemment "Répression pour l’exemple à Copenhague" de René Vasquez Diaz (Avril 2007)



Partager