Barcelona Store : quand les marques nous matraquent... - La Révolution en Charentaises

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Barcelona Store : quand les marques nous matraquent...

mardi 18 avril 2006, par Laura Diaz / 10387 visites

Les quelques mois qui vont suivre promettent d’être très chaud à Barcelone, ne serait-ce que par la radicalisation de la résistance au forum. Qu’est-ce à dire ? Que déjà les quelques incorruptibles à qui on ne l’a fait pas l’avaient déjà baptisé du doux vocable Foutu forum. Eh oui, parce que ce forum se donne comme une véritable imposture.

Sur le papier (glacé), le slogan du rassemblement est le suivant : paix, multiculturalisme et développement durable. Rien à redire sur la vitrine donc, sinon que, précisément, cela ne reste qu’une bonne intention privée de toute application réelle. Et c’est là que le bât blesse quand la réalité ne coïncide pas avec la théorie affichée. On nous l’avait présenté à grand renfort de spots publicitaires comme le rendez-vous immanquable de toutes les cultures, louable soit, mais hélas exsangue. On devait y développer le dialogue, mais qu’en est-il quand le dialogue reste confiné dans l’enceinte bien gardée de l’esplanade portuaire, site où se déroule les événements. Symptôme de cette vigilance, quasi indécente quand on se veut les fers de lance d’une ouverture... mondiale : l’entrée va de trente euros pour une visite ordinaire, avec participation à des ateliers "ludiquissime" à 450 euros pour assister à une conférence (on ne voit pas meilleur manière de dire « dehors les pauvres »). Et une fois qu’on est entre nous (entendez, les nantis...), que fait-on ? On participe mollement à des activités joyeuses (ateliers de henné, dijiridoo...) car il s’agit avant tout de se divertir sans prendre la peine de réfléchir sur la culture d’autrui.

On le présentait comme le haut parleur de la société civile, voix collective et massive comme une sorte de démocratie directe. Tout le monde devait se retrouver pour une grande communion fraternelle ; au lieu de cela le principe même du fonctionnement du forum repose sur le privatif, c’est à dire sur une sélection à l’entrée avec passe-droits. La mairie apporte son soutien pour une bonne partie mais le reste du financement, majoritaire, est privé et assuré par des grandes entreprises ou multinationales. Et c’est là précisément que se joue cette farce singulière, puisqu’on retouve parmi ces parrains : Indra, qui se consacre à la production d’armements, mais aussi la Caixa, qui est chargée de la reconstruction du réseau banquier irakien, mais aussi Nestlé, l’un des plus grands acheteurs de café au monde, qui ne se distingue pas vraiment par la promotion acharnée qu’il mène pour un commerce équitable...etc. ! Au final le forum aurait pu être un événement complètement inoffensif, certes risible, mais sans pouvoir de nuisance si c’eût été seulement un divertissement folkorique qui ne portait pas à conséquence. Mais voilà, quand on s’évertue par tous les moyens à détourner les propres outils symboliques de la résistance au capitalisme sauvage, alors ça devient franchement de la capture idéologique, écoeurante d’hypocrisie !

Selon le philosophe Santiago Lopez Petit [1] , l’idée générale serait de faire de barcelone une marque, c’est-à-dire un grand espace disponible où pourraient converger tous les appétits consuméristes. Après les Jeux Olympiques de 1996, il fallait bien trouver un moyen de compenser le vide laissé derrière soi, d’où le salvateur forum. De cette genèse déjà controversée, s’expliquent alors bien des défauts de ce forum et notamment le cercle vicieux qu’il engrange sur le plan urbanistique avec la spéculation immobilière et la hausse des prix des logements qui en résultent. Barcelona Store, donc, est encore une histoire de gros sous.

Pour toute l’info vous pouvez consulter le très fourni site de Independent Media Center qui a aussi une page en anglais.

Voir en ligne : Barcelona store

Notes

[1] Santiago Lopez Petit, El Estado-guerra.


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