L'Ivresse du pouvoir, ou la force d'être faible. - La Révolution en Charentaises

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L’Ivresse du pouvoir, ou la force d’être faible.

jeudi 1er mars 2007, par Camille D. / 7039 visites

Ce film de Claude Chabrol sorti il y a un an, en février 2006, sur les écrans français s’inspire largement d’un fait réel : la mise en instruction d’un grand patron de groupe industriel par une juge d’instruction coriace. On pense à Eva Joly et à l’affaire d’Elf Aquitaine et on a raison, mais...

L'ivresse du pouvoir, l'affiche du film « De toute évidence, si le film n’avait aucun rapport avec la réalité, il n’aurait guère d’intérêt » souligne le réalisateur dans un entretien que l’on peut retrouver sur le site du film. En effet, c’est l’un des intérêts du film, mais pas le seul. Car Chabrol qui nous a d’avantage habitués à des ambiances de huis clos plus feutrés, genre règlement de compte en famille ou entre voisins, s’attache ici aux hautes sphères du pouvoir. Comme il le souligne lui-même, « la racaille à nettoyer au kärcher se trouve notamment dans les plus hautes sphères de l’état » (dit chez M.O.F.).

Dès le début du film, la juge Jeanne Charmant Killman (Isabelle Huppert) mène la danse en égrenant les divers chefs d’accusation dont fait l’objet Humeau (François Berléand) : Abus de biens sociaux, abus de confiance, présentation de comptes inexacts, ... La liste est longue. Pourquoi lui ? Parce que elle veut faire un exemple. Aussi parce que lui a été trahi par tous ceux à qui il avait rendu service par le passé. Mais ce qui intéresse Chabrol est ailleurs : « Je n’ai pas cherché à dénoncer des événements connus de tous mais plutôt à montrer quelles peuvent être les répercussions sur l’esprit humain d’un pouvoir, quel qu’il soit, et jusqu’où il peut entraîner les individus. » Et c’est là la richesse du film de par les questions qu’il pose.

On n’obtient que le pouvoir que l’on veut bien nous donner. Et jusqu’où ce pouvoir peut-il aller ? Jusqu’aux limites d’un pouvoir plus grand que le sien. C’est ce que découvrent ces hommes d’affaires mis en accusation, mais c’est aussi ce que découvre Jeanne en tirant les ficelles de financements de plus en plus occultes qui concernent non seulement des partis politiques mais aussi des transactions internationales. L’ivresse est grisante mais attention à la gueule de bois. Jusqu’où la nature humaine peut-elle résister, sans se blesser ? Tous sortent affaiblis de cette affaire, où la vie publique a tout pris à la sphère privée. [1]

« On ne fait pas de révolution avec des films (déclare Claude Chabrol dans un entretien que l’on peut retrouver dans le making of, sur le DVD du film) mais en même temps on peut contribuer à ne pas l’empêcher. [...] Parmi les gens qui vont au cinéma, il y a ceux qui y vont pour s’instruire, ceux qui y vont pour voir de belles choses ; le plus grand nombre pour se distraire, et un certain nombre, ça c’est les pires, pour oublier. Et moi je ne veux pas qu’ils oublient. Je veux bien qu’ils se distraient ; je ne veux pas qu’ils s’emmerdent, ça c’est certain ! Mais l’idéal c’est que ça les aide à vivre, et je ne pense pas qu’une piqûre de morphine, ça aide à vivre, ça ne fait que calmer la douleur... »

L’Ivresse du pouvoir (2006 - 1h45), film français de Claude Chabrol avec Isabelle Huppert, François Berléand, Patrick Bruel, Robin Renucci, Maryline Canto, Thomas Chabrol, Jean-François Balmer.


Voir en ligne : Le site du film.

Notes

[1] A ce propos, Eva Loly accuse le cinéaste d’avoir utilisé certains détails de sa vie privée dans le scénario du film.


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